Au cœur du pouvoir : ces hommes qui murmurent à l’oreille d’Oligui Nguema

Depuis son élection à la présidence de la République le 12 avril 2025, Brice Clotaire Oligui Nguema s’attache à consolider un pouvoir né à la suite du renversement du régime Bongo en août 2023. Derrière lui, une poignée d’hommes exerce une influence déterminante. Officiers issus de l’appareil sécuritaire, responsables politiques aguerris, technocrates discrets et hommes d’affaires influents composent ce premier cercle où se prennent, souvent loin des caméras, les décisions qui orientent la nouvelle trajectoire du pays.

Le noyau sécuritaire, pilier du régime

Si le pays est officiellement revenu à l’ordre constitutionnel, le pouvoir d’Oligui reste largement structuré par ses anciennes attaches militaires. L’ancien chef de la Garde républicaine conserve autour de lui plusieurs officiers qui ont joué un rôle clé dans la prise du pouvoir en 2023.

Dans les cercles sécuritaires de Libreville, ces hommes constituent un véritable verrou stratégique : ils contrôlent les appareils de défense, les services de sécurité et les réseaux militaires qui ont assuré la stabilité du régime depuis deux ans.

Pour le président, ce noyau dur représente à la fois une garantie de loyauté et un outil de dissuasion dans un paysage politique encore fragile.

Les relais institutionnels

Pour gouverner et consolider son autorité, le président s’appuie également sur des personnalités civiles installées au sommet des institutions.

Parmi ces hommes figure notamment Alexandre Barro Chambrier, actuel vice-président de la République. Economiste reconnu, cet ancien opposant au régime déchu jouit aujourd’hui de la confiance du chef de l’État et apparaît, aux yeux de nombreux observateurs, comme une caution de sérieux et de crédibilité auprès des partenaires et des institutions internationales.

Dans ce cercle très restreint se retrouvent également certaines figures issues de l’ancien système. C’est le cas de Régis Immongault, vice-président du gouvernement, ou encore de Camélia Ntoutoume Leclercq, ministre d’État en charge de l’Éducation.

Les hommes de l’ombre

Mais l’influence ne se limite pas aux figures visibles du pouvoir. Autour du président gravite également un cercle plus discret de conseillers, d’opérateurs économiques et d’intermédiaires qui agissent dans les coulisses du palais du Bord-de-Mer.

Ces « hommes de l’ombre » jouent un rôle essentiel dans la circulation de l’information, la gestion des réseaux d’influence et la préparation de certaines décisions stratégiques. Peu connus du grand public, ils constituent pourtant l’un des rouages les plus efficaces du système présidentiel.

L’influence croissante des milieux d’affaires

À ce dispositif politique et sécuritaire s’ajoute un troisième cercle, celui des milieux économiques. Autour du pouvoir gravitent aussi des figures influentes, à l’image de Léod Paul Batolo, Administrateur directeur général de la Comilog, ou de Alain Claude Kouakoua, puissant patron du groupe Mika Services.

Plusieurs hommes d’affaires expatriés se sont rapprochés du nouveau pouvoir, attirés par les perspectives d’investissements dans les infrastructures et les grands projets. Parmi eux figure notamment l’entrepreneur burkinabè Mahamadou Bonkoungou, fondateur du groupe EBOMAF (Entreprise Bonkoungou Mahamadou et Fils), l’un des géants africains du BTP. Présent dans plusieurs pays du continent, ce groupe s’est imposé comme un acteur incontournable des grands chantiers d’infrastructures.

Un pouvoir en recomposition

Près d’un an après son élection, Brice Clotaire Oligui Nguema s’efforce de bâtir un système politique capable de conjuguer autorité, stabilité et efficacité économique.

Mais comme souvent dans l’histoire politique gabonaise, l’essentiel se joue dans les coulisses. Entre officiers influents, responsables institutionnels et partenaires économiques, le premier cercle du chef de l’État forme un réseau complexe où se négocient les équilibres du pouvoir.

Dans ce jeu d’influences, une chose est certaine : ceux qui murmurent à l’oreille du président ne sont pas toujours ceux que l’on voit.

Eppebiow Ebolentsie

Journaliste d'expérience, spécialiste des questions d'économie et du numérique.

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