LGA, le 26 mai 2026 – Ce 26 mai 2026 à Libreville, l’Ambassade de Chine au Gabon a convié la presse à une conférence axée sur deux sujets stratégiques : la récente visite du président américain Donald Trump en Chine et, surtout, la nouvelle politique chinoise de « zéro tarif douanier » accordée à 53 États africains, dont le Gabon.
Dans un contexte mondial marqué par le ralentissement économique, les tensions commerciales et le retour des politiques protectionnistes, Pékin entend apparaître comme un partenaire économique stable et rassurant pour l’Afrique. À travers cette initiative entrée en vigueur le 1er mai 2026, la Chine supprime unilatéralement les droits de douane sur de nombreux produits africains exportés vers son territoire. Pour les pays africains à revenu intermédiaire, dont le Gabon, cette mesure est prévue pour une période initiale de deux ans.
Face aux journalistes, en présence de représentants de la Présidence de la République, du parlement, du Ministère des Affaires Étrangères et des Ministères compétents, l’ambassadeur de Chine au Gabon, ZHOU Ping, a souligné les premiers résultats visibles de cette politique. Des produits africains comme les avocats kenyans, les agrumes égyptiens, les ananas béninois ou encore le café éthiopien entrent désormais sur le marché chinois sans taxation douanière.
Pour Pékin, il ne s’agit pas simplement d’un geste commercial, mais d’un véritable mécanisme de libre-échange destiné à connecter davantage les économies africaines au marché chinois, fort de plus de 1,4 milliard de consommateurs.
Le Gabon apparaît aujourd’hui comme l’un des pays susceptibles de tirer parti de cette ouverture. Bois transformé, manganèse, agriculture, agroalimentaire : plusieurs filières nationales pourraient bénéficier d’un accès facilité au marché chinois. La diplomatie chinoise estime même que cette mesure pourrait accélérer la diversification économique du pays, longtemps dépendant de ses matières premières.
À Libreville, le discours chinois épouse d’ailleurs les ambitions affichées par les autorités gabonaises : industrialiser davantage l’économie nationale et favoriser la transformation locale des ressources. Pékin promet des débouchés commerciaux, mais aussi une réduction des coûts de production grâce à l’importation de matériaux, machines et équipements chinois à moindre coût.
Dans cette logique, la Chine veut se positionner comme un partenaire capable d’accompagner le Gabon dans sa mutation économique. « Le Gabon est dans une période de décollage du développement économique », a affirmé l’ambassadeur chinois, convaincu que les produits gabonais ont désormais une carte à jouer sur le marché mondial.
C’est également ce que pense la Conseillère économique et commerciale de l’Ambassade, Wang Cui, qui a indiqué dans son exposé que « cette décision favorisera les exportations du Gabon et son développement économique ».
Cette offensive économique chinoise intervient également dans un contexte géopolitique particulier. Quelques semaines après la réintégration du Gabon dans l’AGOA américaine, Pékin semble vouloir rappeler que le continent africain reste un terrain stratégique majeur dans la compétition d’influence entre grandes puissances.
L’ambassade chinoise ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction face à cette multiplication des partenariats économiques autour du Gabon. « Plus de partenaires, plus de bénéfices », ont résumé les diplomates chinois, tout en estimant que le marché chinois constitue désormais une alternative crédible pour les entreprises gabonaises.
La Chine défend également cette politique comme une réponse concrète à la hausse du coût de la vie et aux perturbations du commerce mondial. Selon Pékin, l’importation de produits chinois moins chers pourrait contribuer à réduire certaines pressions inflationnistes au Gabon, alors que les tensions persistantes au Moyen-Orient continuent de fragiliser les chaînes d’approvisionnement internationales.
Mais derrière l’enthousiasme diplomatique, des interrogations demeurent. Certains observateurs africains redoutent une dépendance économique accrue vis-à-vis de la Chine. Sur ce point, l’ambassade de Chine au Gabon se veut rassurante. Pékin insiste sur le caractère « gagnant-gagnant » de cette coopération et affirme que la mesure vise avant tout à soutenir l’industrialisation du continent et la création d’emplois locaux.
La Chine souligne également que cette politique repose sur un principe non réciproque. En clair, Pékin ouvre largement son marché aux produits gabonais sans exiger du Gabon une ouverture totale de son propre marché. Libreville conserve donc la possibilité de protéger certains secteurs sensibles de son économie en choisissant les produits chinois pouvant bénéficier de tarifs préférentiels.
Au-delà des annonces, une réalité s’impose désormais : le marché chinois s’ouvre comme jamais auparavant aux produits africains. Reste à savoir si les économies du continent — et particulièrement le Gabon — sauront transformer cette opportunité diplomatique en véritable levier de croissance, d’industrialisation et d’emplois.
Par Edna-Chelsea Babongui

