Population : le Gabon passe la barre des 3,5 millions d’habitants

Il aura fallu treize ans, plusieurs reports et six semaines de vérifications pour que le Gabon connaisse enfin sa taille réelle. Le 27 août, la Cour constitutionnelle a homologué les résultats du Recensement général de la population et des logements (RGPL) : 3 518 621 habitants. Soit près du double des 1,8 million dénombrés en 2013, et quelque 870 000 âmes de plus que ne l’anticipaient les projections des Nations unies. Un écart vertigineux, qui interroge autant qu’il éclaire.

Une homologation sous surveillance

Réunie au Palais de la Constitution sous la présidence de Dieudonné Aba’a Owono, la Haute Juridiction n’a pas validé les chiffres les yeux fermés. Saisie le 14 juillet, elle a auditionné la ministre de la Planification et de la Prospective, Louise Pierrette Mvono, avant d’envoyer, à partir du 20 août, ses propres équipes dans les neuf provinces.

Le verdict de ces contrôles est instructif : zones insuffisamment couvertes, difficultés d’accès, incohérences dans certaines données. Le gouvernement a dû corriger avant d’obtenir le sceau constitutionnel. Une transparence inhabituelle, qui en dit long sur la sensibilité politique de l’exercice.

D’où viennent ces 1,7 million d’habitants supplémentaires ?

C’est la question qui occupera les démographes gabonais dans les mois à venir. Presque doubler sa population en treize ans relève de l’exception statistique, non de la mécanique naturelle. Quatre pistes se dessinent : une croissance naturelle soutenue, des flux migratoires régionaux nourris par l’attractivité relative du pays, le poids d’une communauté étrangère nombreuse — et, hypothèse la plus délicate, un sous-dénombrement chronique des recensements précédents.
Autrement dit : le Gabon n’a peut-être pas tant grandi qu’il n’a longtemps été mal compté.

Libreville, ou le pays dans une province

Le RGPL confirme surtout un déséquilibre territorial devenu structurel. L’Estuaire concentre à elle seule quelque 62 % de la population nationale. La Nyanga, à l’autre extrémité du spectre, en compte près de trente-deux fois moins.
Cette hypertrophie de la capitale et de son aire urbaine n’est pas une nouveauté, mais son ampleur chiffrée place désormais l’État devant ses responsabilités : logement, transports, emploi, santé, écoles, aménagement du territoire. Tout est à repenser à l’échelle d’une métropole qui absorbe deux Gabonais sur trois.

Fin d’un mythe : les hommes majoritaires

Le recensement dénombre 1 800 129 hommes pour 1 718 492 femmes, soit un rapport de 105 hommes pour 100 femmes. De quoi enterrer une idée reçue tenace, celle d’une population gabonaise majoritairement féminine. Un détail ? Pas vraiment : les politiques sociales, sanitaires et électorales se construisent sur ces équilibres.

Un recensement à l’heure du numérique

Plus de 4 500 agents recenseurs mobilisés, un taux de couverture annoncé de 97 %, une collecte largement dématérialisée avec géolocalisation des enquêteurs et transmission numérique des questionnaires : l’édition 2026, appuyée techniquement et financièrement par le FNUAP et la Banque mondiale, marque une rupture méthodologique. Elle aura toutefois mis trois ans à voir le jour, l’opération initialement programmée en 2023 n’ayant démarré qu’en février dernier.

Le prix statistique de la vérité

Un chiffre plus élevé n’est pas une bonne nouvelle en soi. À richesse nationale constante, 1,7 million d’habitants de plus signifie un PIB par habitant mécaniquement revu à la baisse — et une remise en cause de la position du Gabon dans le club restreint des pays africains à revenu intermédiaire supérieur.
Surtout, cela signifie que les besoins réels en écoles, dispensaires, logements, transports et emplois étaient jusqu’ici largement sous-estimés. Les taux de couverture scolaire ou sanitaire calculés sur les anciennes bases devront être recalculés. Certains paraîtront soudain beaucoup moins flatteurs.

Ce que le pays ne sait toujours pas

L’homologation du volume de population n’est qu’une première étape. Restent à publier les données qui feront réellement la valeur du RGPL : structure par âge, répartition entre Gabonais et étrangers, caractéristiques des ménages, état du parc de logements, ventilation fine par localité. C’est là, et seulement là, que se trouvera l’explication du bond démographique.
Ces chiffres auront aussi une portée politique évidente : le poids démographique des circonscriptions électorales et l’organisation administrative du territoire pourraient s’en trouver rediscutés.

Et maintenant ?

Le gouvernement annonce déjà l’étape suivante : un recensement des Gabonais économiquement et socialement vulnérables, dont les opérations de terrain doivent débuter en septembre. La logique est cohérente — passer du dénombrement au ciblage.
Reste l’essentiel. Un recensement ne construit ni écoles, ni hôpitaux, ni logements. Il dit seulement, avec une précision nouvelle, l’ampleur de ce qui manque. Le Gabon sait désormais combien ils sont. Il lui reste à démontrer qu’il peut les loger, les soigner, les former et les employer.

La Rédaction

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