Un ancien ministre en prison, une cousine du président auditionnée : plongée dans une enquête à haut risque

Libreville, Le Gabon Actuel –

La lutte contre la corruption, érigée en priorité par les autorités de la transition puis de la Ve République, connaît au Gabon un nouvel épisode à forte charge politique. L’incarcération, le 22 décembre 2025, de Pascal Michel Ogowe Siffon, ancien ministre du Tourisme, suivie de l’audition de Liliane Ngari, cousine du président Brice Clotaire Oligui Nguema, a propulsé cette affaire au centre du débat public.

Selon plusieurs sources sécuritaires et judiciaires, l’ex-ministre a été interpellé par la Direction générale de la contre-ingérence (B2) alors qu’il regagnait son domicile depuis la présidence, peu après avoir présenté sa démission. Les premières auditions auraient permis aux enquêteurs de réunir des éléments jugés suffisamment probants pour justifier son placement sous mandat de dépôt.

Au cœur du dossier figurent des soupçons de détournement de fonds publics au sein du ministère du Tourisme. Ogowe Siffon met directement en cause sa secrétaire générale, Liliane Ngari, qu’il accuse d’être à l’origine des malversations présumées. Une confrontation entre les deux a eu lieu le jour même de l’incarcération de l’ancien ministre, signe de la sensibilité et de l’urgence accordées à l’enquête.

Le 23 décembre, Liliane Ngari a été longuement entendue par les magistrats, jusque tard dans la soirée. À l’issue de cette audition, aucune annonce officielle n’a été faite quant à d’éventuelles poursuites. Ce silence entretient les interrogations, d’autant plus que la mise en cause appartient au cercle familial du chef de l’État, une proximité qui confère à l’affaire une dimension politique particulière.

Cette situation place le président Oligui Nguema face à un exercice d’équilibriste. D’un côté, l’affichage d’une justice indépendante, capable de s’affranchir des liens personnels et familiaux ; de l’autre, le risque de nourrir les critiques sur une éventuelle sélectivité dans le traitement des dossiers sensibles. Dans les cercles du pouvoir, certaines sources évoquent toutefois la volonté de faire de cette affaire un signal fort, démontrant que nul n’est au-dessus de la loi.

Reste que l’issue de l’enquête, notamment le sort réservé à Liliane Ngari, sera déterminante. Au-delà des responsabilités individuelles, ce dossier constitue un test grandeur nature pour la crédibilité de l’offensive anticorruption et pour la capacité des institutions gabonaises à rompre durablement avec la culture de l’impunité.

Morgan Momb's

Diplômé de l'ENS en philosophie, amoureux des questions d'art, de littérature et de musique

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