Libreville, 13 janvier 2026 – Après le succès foudroyant du collectif SOS Éducation, qui a arraché des concessions au gouvernement, les agents de la santé emboîtent le pas avec SOS Santé. Un vent de fronde autonome souffle sur la fonction publique gabonaise, laissant se demander si le ministère des Eaux et Forêts, dont les deux syndicats traditionnels sont aujourd’hui à l’agonie, sera le prochain foyer à s’embraser.
Une dynamique sociale inédite est en train de redessiner les rapports de force entre l’État et ses agents. Dans le secteur de l’éducation nationale, longtemps structuré autour d’une myriade de syndicats concurrents, les enseignants ont choisi de rompre avec les cadres traditionnels de la contestation. Lassés par ce qu’ils perçoivent comme un double jeu de certains leaders syndicaux, soupçonnés de flirter avec le pouvoir, ils ont décidé de prendre en main leur destin administratif et professionnel.
De cette défiance est né SOS Éducation, un collectif spontané, sans lourde structure, mais doté d’une capacité de mobilisation redoutable. Parti de presque rien, le mouvement a réussi en quelques jours à paralyser le système éducatif sur l’ensemble du territoire, à travers une grève largement suivie. Un signal fort, dans un pays où la lassitude sociale se heurte souvent à la fragmentation des revendications.
Résultat : au moment où cet article est mis sous presse, le gouvernement est engagé dans des négociations directes avec le collectif. Selon plusieurs sources concordantes, l’exécutif serait même disposé à accéder à la quasi-totalité des revendications formulées. Une efficacité qui tranche avec les longues années de bras de fer stériles entre l’administration et les centrales syndicales classiques.
Cette méthode, pragmatique et frontale, fait déjà des émules. Dans le secteur de la santé, un collectif baptisé SOS Santé a annoncé la tenue d’une assemblée générale ce 14 janvier. Là encore, les revendications portent sur les conditions de vie et de travail, dans un contexte marqué par l’usure du personnel et des promesses de réforme tardant à se concrétiser.
L’exemple pourrait aller plus loin. Au ministère des Eaux et Forêts, la grogne est palpable. Les agents attendent toujours plus de quatre trimestres d’arriérés de prime sectorielle, tandis que leurs conditions de travail n’ont guère évolué depuis l’arrivée, en 2023, de Maurice Ntossui à la tête du département. Le récent discours de ce dernier, prononcé lors de la traditionnelle cérémonie de levée des couleurs, a achevé de convaincre les plus hésitants : les priorités affichées par l’ancien militaire semblent loin des préoccupations sociales et de la dignité des travailleurs, pourtant érigées en principes par le président de la République.
Dans ce contexte, la montée en puissance des collectifs apparaît comme le symptôme d’un malaise plus profond : celui d’une crise de confiance envers les corps intermédiaires et d’une exigence nouvelle d’efficacité immédiate. Reste à savoir si cette « stratégie du fait accompli » marquera durablement le paysage social gabonais ou si elle n’est qu’une réponse conjoncturelle à l’impatience d’agents publics en quête de résultats tangibles. Une chose est sûre : le rapport de force a changé, et l’État ne peut plus l’ignorer.

