LGA, 15 janvier 2026 – Alors que le gouvernement croyait tenir le début d’une sortie de crise, la grève qui paralyse l’école gabonaise depuis près de deux semaines est loin de s’éteindre. Déclenché par le collectif informel SOS Éducation, le mouvement social se poursuit en dépit de l’annonce, par certains de ses animateurs présumés, d’une reprise des cours à la suite de négociations avec la tutelle.
Ces enseignants, présentés comme les leaders du collectif, ont fait état d’« avancées significatives » sur plusieurs revendications, estimant avoir obtenu des engagements jugés suffisants pour suspendre la contestation. Une lecture loin de faire l’unanimité. Presque aussitôt, d’autres voix se sont élevées pour dénoncer une décision prise « sans mandat » et appeler à la poursuite de la grève. Ces derniers affirment ne pas reconnaître l’autorité de collègues qu’ils accusent d’avoir parlé en leur nom propre.
Cette cacophonie révèle les fragilités structurelles du mouvement. Né en dehors des syndicats traditionnels, SOS Éducation s’est construit sur un rejet des appareils existants, accusés de compromission avec le pouvoir. Mais l’absence de hiérarchie claire et de mécanismes de représentation reconnus a rapidement laissé place à un flou organisationnel, aujourd’hui au cœur de la crise.
Le malaise a pris, ces derniers jours, une tournure plus préoccupante. Selon plusieurs sources concordantes, une altercation violente aurait éclaté entre enseignants à l’issue d’une séance de négociation. En cause : le partage contesté de ce que certains qualifient d’« argent du taxi », une enveloppe versée par la tutelle pour couvrir les frais de déplacement des participants. Un épisode embarrassant, largement commenté dans les salles des professeurs comme sur les réseaux sociaux, et qui jette une lumière crue sur les tensions internes.
Au-delà de l’anecdote, cet incident illustre un mal plus profond qui mine l’administration éducative gabonaise : la personnalisation des luttes, la défiance généralisée et la primauté des intérêts individuels sur toute logique collective. Pendant ce temps, les élèves restent hors des salles de classe, otages d’un bras de fer où les lignes de commandement demeurent floues.
Face à cet imbroglio, le gouvernement se retrouve confronté à un interlocuteur éclaté, incapable de parler d’une seule voix. Une situation qui complique toute tentative de médiation durable et pose, une fois de plus, la question de la gouvernance sociale dans un secteur aussi stratégique que l’éducation.

