À Lubumbashi, l’affaire circule désormais comme une évidence gênante. Le révérend Jérémie Kabemba, pasteur titulaire de l’église Rehoboth, est porté disparu. Avec lui, une somme de 85 000 dollars (plus de 47.000.000 de FCFA) appartenant à l’un de ses fidèles. Une disparition brutale, sans explication, qui laisse derrière elle une communauté abasourdie et une foi sérieusement ébranlée.
Selon les informations recueillies par la journaliste Esthy Awana, le scénario repose sur un mécanisme bien huilé : l’autorité spirituelle. Le pasteur aurait convaincu un fidèle, membre de l’église depuis 2012, de lui confier cette importante somme d’argent après avoir affirmé avoir reçu une révélation divine. L’argent devait être « béni » avant le lancement d’un projet d’affaires. La confiance, patiemment construite au fil des années, a fait le reste. Le fidèle s’exécute. Puis le silence.
Depuis, tous les numéros du pasteur restent injoignables. Jérémie Kabemba a quitté l’église sans prévenir, ni son épouse, ni les responsables ecclésiastiques. Aucune trace, aucun message, aucune justification. Une fuite nette, qui transforme la ferveur religieuse en soupçon collectif.
Comme si cela ne suffisait pas, l’église Rehoboth a été fermée par le bailleur des lieux pour loyers impayés. Une situation qui alimente encore davantage la colère des fidèles, lesquels affirment cotiser chaque fin de mois précisément pour assurer le paiement du loyer. Là encore, une question s’impose : où est passé l’argent ?
Au-delà du fait divers, l’affaire Kabemba pose une interrogation plus large, presque inconfortable, sur la moralité de certains hommes d’Église à l’ère du « business religieux ». Jusqu’où peut aller l’instrumentalisation du sacré ? À partir de quel moment la parole religieuse cesse-t-elle d’être spirituelle pour devenir un outil de prédation financière ?
Cette affaire met surtout en lumière un angle mort inquiétant : l’absence de mécanismes de contrôle sur des entités religieuses qui, pour beaucoup, brassent des fonds importants, souvent hors de toute transparence. La liberté de culte peut-elle continuer à servir de paravent à des pratiques qui exposent les citoyens à des abus manifestes ?
À Lubumbashi, comme ailleurs, la question n’est plus seulement celle d’un pasteur en fuite, mais celle de la protection des fidèles. L’urgence est désormais du côté des pouvoirs publics : encadrer, réguler, et imposer des règles minimales de transparence aux organisations religieuses non laïques. Non pour restreindre la foi, mais pour éviter qu’elle ne devienne, une fois de plus, le terrain idéal des escroqueries sanctifiées.

