Libreville, 18 janvier 2026 (LGA) – Alors que le Gabon cherche à accélérer sa marche vers l’autosuffisance alimentaire, le CCPE’ZON mise sur une approche résolument pragmatique : reconnecter la formation académique aux réalités du terrain. À travers une série de visites auprès des exploitants et des opérateurs agricoles, son coordonnateur général adjoint jette les bases d’un dispositif hybride mêlant apprentissage pratique, insertion professionnelle et génération de revenus, avec une ambition claire : faire émerger une nouvelle génération d’agriculteurs capables de produire, d’innover et de vivre durablement de la terre.

Face à l’urgence de renforcer la production locale et de réduire la dépendance alimentaire, les autorités gabonaises cherchent des leviers concrets. Sur le terrain, Patrick Meyo, Coordonnateur général adjoint du Centre de compétences professionnelles et entrepreneuriales Zita Oligui Nguema (CCPE’ZON) a lancé, depuis deux semaines, une série de visites ciblées auprès des acteurs agricoles. Objectif : comprendre, sans intermédiaires, pourquoi les jeunes boudent encore un secteur pourtant stratégique, et identifier des solutions immédiatement opérationnelles.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité de la récente descente du président des Fermes du Grand Libreville. Elle marque surtout un changement de méthode : partir des réalités vécues par les agriculteurs, les coopératives et les opérateurs économiques pour construire des réponses adaptées.

Image dégradée, formation déconnectée
Les constats convergent. D’abord, une image du métier d’agriculteur encore largement dévalorisée, perçue comme peu innovante et faiblement rémunératrice. Ensuite, un décalage persistant entre la formation académique et les exigences du terrain. Résultat : des diplômés peu opérationnels et des exploitations en manque de main-d’œuvre qualifiée.
À l’Université Omar Bongo, plus de 1 500 étudiants en agronomie peinent à accéder à une véritable immersion professionnelle. Une anomalie dans un pays qui ambitionne l’autosuffisance alimentaire.
Miser sur l’apprentissage productif
Pour y remédier, le CCPE’ZON pousse la création d’un « brigde » (pont) structuré entre l’université et les exploitations. Le schéma envisagé repose sur une formation hybride : maintien des enseignements théoriques, mais adossés à une pratique intensive sur le terrain. Des discussions sont en cours avec des opérateurs privés pour accueillir des étudiants en stages, en apprentissage ou en immersion, avec une rémunération dès la phase de formation.
Le modèle se veut gagnant-gagnant. Les jeunes acquièrent rapidement des compétences concrètes et des revenus. Les agriculteurs bénéficient d’une main-d’œuvre formée, tout en transmettant leurs savoirs. À terme, le secteur se dote d’un vivier d’entrepreneurs agricoles capables d’innover et de produire à l’échelle.
De l’intention à l’exécution
« De la théorie à la terre » : le mot d’ordre résume l’ambition. Pour les responsables du programme, il ne s’agit plus de multiplier les diagnostics, mais d’exécuter. Dans un contexte où l’État explore des stratégies pour booster la production locale, cette approche pragmatique tranche avec les politiques agricoles souvent jugées trop verticales.

Reste désormais à mesurer l’impact de ces premiers partenariats et à vérifier leur capacité à changer durablement le regard des jeunes sur l’agriculture. Car au Gabon, la bataille de l’autosuffisance alimentaire se jouera autant dans les champs que dans les salles de classe.

