En s’inclinant cet après-midi face au Mozambique (2-3), le Gabon n’a pas seulement perdu un match de football. Il a ravivé une blessure profonde : celle d’un peuple fatigué de financer, à coups de milliards de francs CFA, une sélection nationale incapable de transformer l’or public en métal précieux.
L’humiliation est historique. Le Mozambique, qui n’avait jamais gagné le moindre match en six participations à la CAN, vient de briser la malédiction grâce à des Panthères totalement édentées. Portés par la solidité du duo Mexer-Reinildo, les Mambas ont donné une leçon d’envie à un groupe gabonais sans boussole et complètement désorganisé.
Pourtant, sur le papier, le combat semblait disproportionné. Entre les primes de match, les stages de préparation luxueux et les salaires des staffs, l’équipe nationale A engloutit chaque année une part colossale du budget sportif national. Pour quel résultat ? Une deuxième défaite consécutive, une défense aux abois symbolisée par la bourde du vétéran Bruno Ecuele Manga, et un Pierre-Emerick Aubameyang trop esseulé pour porter sur ses seules épaules le poids d’une institution en crise.
Le ras-le-bol d’un peuple excédé.
Le divorce est désormais consommé. Dans les rues de Libreville comme sur les réseaux sociaux, le constat porte tant sur les choix tactiques de Thierry Mouyouma que sur l’éthique même de cette formation. Le peuple gabonais exprime un ras-le-bol légitime : comment continuer à cautionner la part belle faite au football dans les caisses de l’État, très souvent au détriment de secteurs clés tel que la santé, l’éducation ou des infrastructures de proximité alors que l’armoire à trophées de la FEGAFOOT reste désespérément vide ?
Des décennies d’investissements massifs n’ont produit qu’une vitrine poussiéreuse. Le but de l’espoir d’Alex Moucketou-Moussounda (76e) n’est qu’un cache-misère sur une gestion structurelle défaillante. On ne peut plus demander aux Gabonais de se serrer la ceinture pour financer le train de vie d’une sélection qui semble avoir oublié le sens du mot « résultat ».
À ce constat s’ajoute une autre faillite, plus silencieuse mais tout aussi lourde de conséquences : l’absence criante de relève. Depuis près de quinze ans, les mêmes visages portent le maillot national, aujourd’hui usés par l’âge « réel » et les blessures, sans que de véritables successeurs n’aient émergé. Cette longévité forcée n’est pas un signe de stabilité, mais le symptôme d’un système à bout de souffle. Faute d’un championnat national structuré, régulier et compétitif, le réservoir de talents s’est tari. Le banc, sans profondeur, ne permet ni concurrence saine ni renouvellement naturel. Résultat : une équipe figée, dépendante de cadres vieillissants, incapable d’insuffler du sang neuf et de se projeter vers l’avenir. Le présent se délite, pendant que l’avenir, lui, n’a jamais été réellement préparé.
Alors que le Cameroun et la Côte d’Ivoire se disputent les sommets ce soir, le Gabon regarde désormais vers le bas. Les supporters ne demandent plus seulement des beaux gestes, ils réclament des comptes. Le football est une passion, certes, mais quand la facture réglée par le contribuable couvre autant les moindres caprices de « stars », la victoire n’est plus une option : c’est un devoir moral.
Cet après-midi, les Panthères n’ont pas seulement failli tactiquement, elles ont rompu le contrat de confiance avec la Nation. Le talent est là, l’argent coule à flots, mais l’âme, elle, semble s’être envolée.

