Le Gabon Actuel 22 janvier 2026 – L’arrestation puis l’extradition de l’ancien président de transition burkinabè, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, marquent un tournant politique et judiciaire majeur en Afrique de l’Ouest. Au-delà du cas burkinabè, cette affaire envoie un signal fort à l’ensemble des élites politiques et militaires du continent qui ont rompu, un jour ou l’autre, avec les principes de l’État de droit, en croyant trouver refuge dans l’exil ou les alliances occultes.
Arrêté à Lomé le 16 janvier, Damiba a été remis aux autorités de Ouagadougou le 17 janvier, à la suite d’un avis favorable de la cour d’appel togolaise. Le gouvernement du Togo a confirmé l’opération dans un communiqué publié le 20 janvier, précisant que l’extradition s’inscrivait dans le cadre d’un mandat d’arrêt émis par le Burkina Faso et accompagné de garanties judiciaires, notamment le respect de l’intégrité physique de l’ancien chef de l’État et son droit à un procès équitable.
De l’homme fort au justiciable
Paul-Henri Sandaogo Damiba avait pris le pouvoir en janvier 2022 par un coup d’État contre le président élu Roch Marc Christian Kaboré, promettant de restaurer la sécurité et l’autorité de l’État face à la menace terroriste. Neuf mois plus tard, il était à son tour renversé par un autre officier, le capitaine Ibrahim Traoré, toujours aux commandes du pays.
Depuis son exil au Togo, Damiba était régulièrement accusé par les autorités burkinabè d’être impliqué dans plusieurs tentatives de déstabilisation du régime, dont la plus récente aurait été déjouée au début du mois. Aujourd’hui, l’ancien président de transition se retrouve confronté à une série d’accusations graves : détournement criminel de deniers publics, enrichissement illicite, corruption, incitation à la commission de crimes et délits, recel aggravé et blanchiment de capitaux.
L’exil n’est plus un bouclier
L’un des enseignements majeurs de cette affaire réside dans la fin progressive de l’exil comme zone de confort politique. Longtemps, les dirigeants déchus du continent ont pu se replier dans des pays voisins, négociant protection et silence. L’extradition de Damiba montre que cette époque est révolue ou, à tout le moins, sérieusement remise en cause.
En acceptant de livrer un ancien chef d’État militaire à la justice de son pays, le Togo participe à une nouvelle dynamique régionale : celle d’une coopération judiciaire accrue face aux dérives politiques et sécuritaires. Un message clair est ainsi adressé aux élites qui, après avoir fragilisé les institutions, pensent pouvoir échapper à toute reddition des comptes.
Un écho particulier pour le Gabon
Pour le Gabon, qui, depuis le 30 août 2023, a vu arriver à sa tête de nouveaux acteurs, l’affaire Damiba résonne avec une acuité particulière. À Libreville aussi, des figures politiques et sécuritaires ont été notamment soupçonnées de collusion avec des réseaux de mercenaires ou des acteurs étrangers hostiles à la stabilité nationale. Ces révélations graves ont toutefois été reléguées au second plan, éclipsées par l’ampleur du tumulte provoqué par la crise de l’éducation.
Comme au Burkina Faso, le nouveau pouvoir gabonais se trouve face à un impératif délicat : restaurer l’autorité de l’État sans reproduire les pratiques arbitraires du passé. L’arrestation de Damiba rappelle que la rupture avec l’État de droit, qu’elle prenne la forme d’une déstabilisation, d’un détournement de fonds publics ou d’une intelligence avec des forces armées parallèles, expose désormais ses auteurs à des poursuites réelles.
Entre justice et crédibilité des transitions
L’enjeu dépasse la simple sanction individuelle. Pour les nouveaux régimes, au Burkina Faso comme au Gabon, la crédibilité politique se joue sur la capacité à faire prévaloir la justice sur les règlements de comptes. La judiciarisation des dérives passées est devenue un passage obligé pour répondre aux attentes populaires, longtemps frustrées par l’impunité des élites.

