LGA le 29 juillet 2026 – Depuis la signature, le 28 juillet 2026 à Addis-Abeba, de l’accord d’engagement entre le Gabon et la Guinée équatoriale sous l’égide de l’Union africaine, une partie des commentaires médiatiques s’est focalisée sur un seul aspect de la décision de la Cour internationale de Justice : la souveraineté des îles Mbanié, Conga et Cocotiers.
Pour certains observateurs, l’accord constituerait ainsi une « victoire de Malabo ». Une lecture à la fois incomplète et juridiquement contestable.
En réalité, l’arrêt rendu par la Cour internationale de Justice est beaucoup plus vaste que la seule question des îles. Le contentieux soumis aux juges concernait officiellement la délimitation terrestre, la délimitation maritime ainsi que la souveraineté sur les îles Mbanié, Conga et Cocotiers.
Certes, la Cour a reconnu la souveraineté de la Guinée équatoriale sur les trois îles disputées. C’est un élément majeur de sa décision, mais ce n’en est pas l’unique conséquence.
L’arrêt procède également à une clarification de la frontière terrestre entre les deux États. Selon le tracé retenu par la Cour, plusieurs secteurs frontaliers jusque-là contestés relèvent désormais de la souveraineté gabonaise. Cette redéfinition concerne des portions du territoire situées dans les zones frontalières de Mongomo et d’Ebebeyin.
Autrement dit, réduire la décision de la CIJ à la seule perte des îles revient à passer sous silence une partie essentielle de l’arrêt. Comme c’est souvent le cas dans les contentieux frontaliers internationaux, chaque État obtient gain de cause sur certains points et voit ses prétentions rejetées sur d’autres.
C’est précisément cette réalité que prend en compte l’accord signé à Addis-Abeba. Ce texte ne modifie en rien le contenu de la décision de la Cour. Il organise son application dans un cadre pacifique, sous l’accompagnement de l’Union africaine, afin que les opérations de démarcation terrestre et les futures négociations sur les espaces maritimes se déroulent sans tension.
Présenter cet accord comme une victoire unilatérale de l’un des deux pays relève davantage du commentaire politique que de l’analyse juridique. Le droit international ne désigne pas toujours un vainqueur et un vaincu. Il fixe des droits, délimite des souverainetés et impose aux États l’obligation d’exécuter les décisions rendues.
Dans le cas du Gabon et de la Guinée équatoriale, la véritable victoire est avant tout celle du règlement pacifique d’un différend vieux de plusieurs décennies, désormais appelé à être mis en œuvre sous la supervision de l’Union africaine.

