Kelle, Souba, Kewaga, Boubou, des villages souvent absents des grandes cartes politiques, mais où se joue une part silencieuse de l’économie rurale gabonaise. En ce mois de mars consacré aux droits des femmes, la Première dame, Zita Oligui Nguema, s’y est rendue pour rencontrer celles qui, loin des tribunes, cultivent, transforment et vendent les produits du terroir.
L’image tranche avec les scènes protocolaires habituelles. Pas de discours interminables ni de décor institutionnel. Sous les hangars décorés pour l’occasion et dans les champs encore humides, des femmes présentent leurs récoltes : manioc, banane plantain, feuilles de manioc, huiles artisanales. Des produits qui constituent l’ossature économique de nombreux villages.
« Par leur travail, leur détermination et leur sens du collectif, ces femmes participent chaque jour à la vitalité de nos villages », a déclaré la Première dame lors de cette tournée dans le département de Djouori-Agnili.
Dans ces localités de la province du haut-Ogooué, l’agriculture reste une affaire de patience et de persévérance. Les coopératives féminines y jouent un rôle central : elles organisent la production, mutualisent les outils et assurent l’écoulement des produits sur les marchés locaux.
Pour beaucoup de ces femmes, l’enjeu est double : nourrir leurs familles et générer un revenu dans des zones où les opportunités économiques sont rares.
Ce tissu discret de petites exploitations représente pourtant l’une des clés de la souveraineté alimentaire du pays. Un paradoxe souvent souligné par les économistes : le Gabon importe encore une grande partie de ce qu’il consomme, alors même que des initiatives agricoles locales peinent à trouver des moyens de production et des débouchés structurés.
La visite de Zita Oligui Nguema s’inscrit dans la séquence politique du mois de mars, traditionnellement consacré à la promotion des droits des femmes.
« Soutenir ces initiatives et encourager l’agriculture locale s’inscrit dans la vision portée par le Chef de l’État, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema », a-t-elle rappelé, liant explicitement ces rencontres rurales à la stratégie gouvernementale de développement territorial et d’autonomisation économique des femmes.
Le message est clair : valoriser les activités agricoles féminines comme levier de transformation sociale.
Sur le terrain, l’accueil réservé à la Première dame a été chaleureux. Dans les villages visités, les coopératives ont présenté leurs activités et exposé leurs difficultés : manque d’équipements, difficultés de transport, accès limité aux marchés urbains.
Autant d’obstacles qui freinent encore la montée en puissance de ces initiatives.
La reconnaissance symbolique est importante, mais elle soulève aussi une question centrale : comment transformer ces visites en politiques durables ?
Car derrière les sourires et les poignées de mains, la réalité reste celle d’une agriculture familiale fragile, souvent sous-financée.
En saluant « l’engagement remarquable » de ces femmes, la Première dame a voulu mettre en lumière un travail rarement visible dans l’espace public.
La tournée de Zita Oligui Nguema aura au moins eu un effet : rappeler que derrière les politiques agricoles et les discours sur l’autosuffisance alimentaire, ce sont d’abord des femmes qui, chaque jour, font tenir l’économie rurale gabonaise.

