Université Omar Bongo : les enseignants-chercheurs suspendent leur préavis de grève après des engagements présidentiels

À Libreville, les tensions qui planaient sur l’enseignement supérieur semblent provisoirement s’apaiser. À l’issue d’une rencontre tenue le 23 janvier avec le président de la République, les enseignants-chercheurs de l’Université Omar Bongo (UOB), réunis au sein du Syndicat national des enseignants-chercheurs (SNEC-UOB), ont décidé de suspendre leur mouvement de protestation, alors qu’un préavis de grève avait été déposé.

Cette décision a été entérinée lors de l’assemblée générale de restitution du 27 janvier. Son président, le Pr Mathurin Ovono Ébè, a annoncé la levée du mot d’ordre de grève, estimant que les engagements pris par le chef de l’État répondaient, au moins en partie, aux attentes exprimées par la base syndicale.

Au cœur des discussions figure la mise en place annoncée d’une commission tripartite associant les ministères de l’Enseignement supérieur, du Budget et de la Fonction publique. Chargée de formaliser les engagements de l’État dans un protocole d’accord, cette structure devra assurer un suivi au cas par cas des dossiers en suspens, une exigence de longue date des enseignants.

Sur le plan financier, plusieurs avancées ont été actées. L’État s’est engagé à apurer la dette liée aux vacations pédagogiques de l’année universitaire 2024-2025, estimée à 7 milliards de francs CFA, sous réserve d’un audit préalable. En parallèle, le paiement de la dernière tranche des rappels de solde, inscrite dans la loi de finances 2026 pour un montant dépassant 35 milliards de francs CFA, a été confirmé par le chef de l’État.

Les questions d’infrastructures universitaires ont également été abordées. Instruction a notamment été donnée d’électrifier sans délai l’ensemble des salles de cours et de lancer un vaste programme de réhabilitation du patrimoine universitaire, régulièrement dénoncé pour son état de dégradation avancé.

Le dialogue a par ailleurs porté sur la recomposition du paysage syndical. La transformation de collectifs informels, tels que l’Intelligentsia, en organisations syndicales a été évoquée, dans un contexte où les autorités affichent leur volonté de rationaliser la représentation syndicale. Les élections professionnelles prévues en mars prochain devraient, à cet égard, constituer un tournant : seule la représentativité issue des urnes permettra aux syndicats de siéger officiellement et de dialoguer avec l’exécutif.

Reste toutefois un point sensible : le sort des enseignants inscrits sur les listes du CAFAG (Conseil africain franco-arabe pour les grades). Le SNEC-UOB rappelle que le décret 866 encadre les reclassements sur la base du CAMES ou de toute autre instance reconnue par l’État. En l’absence de position officielle sur le CAFAG, les marges de manœuvre syndicales demeurent limitées. Le syndicat appelle ainsi les autorités à clarifier rapidement ce dossier, afin de permettre l’intégration de ces enseignants dans les mécanismes d’avancement de carrière.

Dans l’attente de la concrétisation des engagements annoncés, les enseignants-chercheurs de l’UOB ont choisi de reprendre les cours, tout en restant vigilants quant aux travaux de la commission de suivi. Une trêve, donc, plus qu’un règlement définitif de la crise.

Morgan Momb's

Diplômé de l'ENS en philosophie, amoureux des questions d'art, de littérature et de musique

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