Grève des enseignants : l’ancien député Marcel Libama interpellé

Libreville, 19 janvier 2026 (LGA) – Ancien député de la Transition et enseignant à la retraite, Marcel Libama a été interpellé ce lundi 19 janvier à Libreville, en marge de la grève en cours dans le secteur de l’éducation. Très actif au sein du mouvement S.O.S Éducation, son engagement, malgré son statut de retraité, soulève des interrogations sur les motivations et les implications politiques de sa présence au cœur d’un mouvement social qui continue de paralyser l’école gabonaise.

Il n’enseignait plus, ne siégeait plus, ne votait plus les lois. Et pourtant, Marcel Libama était partout. Dans les rassemblements, les prises de parole, les mots d’ordre. Jusqu’à devenir l’un des visages les plus exposés de la grève des enseignants déclenchée par le mouvement S.O.S Éducation. Trop exposé, sans doute. Ce lundi 19 janvier, l’ancien député de la Transition et enseignant à la retraite a été interpellé à Libreville, pour ce que des sources sécuritaires évoquent comme une « activité subversive ».

Le terme est lourd, chargé d’histoire et d’intentions. Il dit moins ce qui est reproché que ce qui est redouté. Car la question n’est pas seulement juridique, elle est politique : que faisait un retraité au cœur d’une grève d’actifs ? À quel titre parlait-il ? Au nom de qui agissait-il ?

Dans les cercles du pouvoir, on évoque déjà un « défaut de qualité à agir ». En clair : Marcel Libama n’est plus enseignant, plus syndiqué, plus concerné statutairement par les revendications salariales ou administratives du corps enseignant. Sa présence dans l’arène sociale ne relèverait donc pas de la solidarité, mais de l’ingérence. Une lecture sèche, presque comptable, du droit de manifester.

Mais réduire l’affaire à une querelle de statuts serait passer à côté de l’essentiel. Car Marcel Libama n’est pas un inconnu. Ancien député de la Transition, figure politique identifiée, il fut aussi porte-parole du candidat Brice Clotaire Oligui Nguema lors de la dernière élection présidentielle. Un proche d’hier devenu gêneur d’aujourd’hui. C’est peut-être là que se niche le malaise.

Pourquoi cet activisme soudain ? Pourquoi cette radicalité dans le ton et dans l’occupation de l’espace médiatique ? L’homme ne s’est pas contenté de soutenir le mouvement : il l’a incarné, parfois surjoué, comme s’il cherchait à déplacer le centre de gravité de la grève, de la revendication professionnelle vers le rapport de force politique.

Aux yeux des services de renseignement, qui auraient piloté l’interpellation, ces zones d’ombre mériteraient clarification. L’État, encore marqué par les secousses de la Transition, supporte mal les figures hybrides : ni dedans, ni dehors, ni totalement civiles, ni complètement politiques. Marcel Libama coche toutes ces cases.

Reste une question, brutale et sans fard : dans le Gabon post-Transition, un ancien allié peut-il encore battre le pavé sans être suspecté de trahison ? Ou, dit autrement, jusqu’où va le droit à la parole quand on a déjà exercé le pouvoir ?

Eppebiow Ebolentsie

Journaliste d'expérience, spécialiste des questions d'économie et du numérique.

Laisser un commentaire