Iboga : le Gabon acte un choix politique pour transformer un héritage sacré en levier stratégique

Libreville 15 janvier 2026 – Le Gabon entend désormais parler d’Iboga autrement que sur le seul registre du sacré. Réunis les 12 et 13 janvier 2026 à l’Hôtel de la Sablière, scientifiques internationaux, détenteurs de savoirs traditionnels et responsables politiques ont acté un changement de paradigme : l’Iboga est officiellement érigé en pilier stratégique de l’économie nationale.

En clôturant la Conférence internationale consacrée à l’Iboga et à l’Ibogaïne, le ministre des Eaux et Forêts a posé les bases d’une ambition assumée : transformer le potentiel thérapeutique et culturel de cette ressource endémique en levier de développement durable, sans rompre l’équilibre fragile des écosystèmes forestiers ni marginaliser les communautés qui en sont les dépositaires.

Au cœur des échanges, une même préoccupation s’est imposée : éviter la captation extérieure d’une richesse nationale longtemps exploitée de manière diffuse. Les discussions consacrées à l’entrepreneuriat ont plaidé pour la mise en place de modèles économiques traçables, encadrés et équitables, capables de créer de la valeur localement. Le message porté par les autorités est sans ambiguïté : l’Iboga ne doit pas devenir une rente de plus, mais un outil de redistribution et de développement territorial.

Les débats ont également mis en lumière la montée en puissance de la recherche scientifique autour de l’ibogaïne, notamment aux États-Unis, où ses applications dans le traitement des addictions et de certains troubles de la santé mentale suscitent un intérêt croissant. Face à cet engouement mondial, Libreville entend reprendre l’initiative. « L’alliance entre science moderne et savoirs ancestraux est un impératif stratégique », a insisté le ministre, évoquant la nécessité de renforcer les capacités nationales et de prévenir toute forme de biopiraterie.

Au-delà du champ pharmaceutique, le Gabon mise aussi sur un écotourisme à forte valeur culturelle, adossé à ses parcs nationaux. Ce modèle, qualifié d’« écotourisme de sens », repose sur l’implication directe des gardiens du rite et vise à garantir des retombées économiques concrètes pour les communautés rurales, tout en assurant la transmission des savoirs.

La signature, en marge de la conférence, d’une lettre d’intention avec des partenaires américains est venue donner une portée diplomatique à cette orientation. Elle ouvre la voie à des coopérations académiques et économiques présentées comme « gagnant-gagnant », tout en affirmant la volonté du Gabon de verrouiller la protection de son patrimoine naturel.

En filigrane, ce rendez-vous de Libreville marque l’émergence d’une véritable diplomatie de l’Iboga. Une stratégie où culture, science et souveraineté se conjuguent, et qui a déjà trouvé un prolongement concret avec la visite, dès le lendemain de la clôture, des plantations de Bikelé. Une manière de rappeler que, pour le Gabon, l’Iboga n’est plus seulement un héritage : il est désormais un projet national.

Morgan Momb's

Diplômé de l'ENS en philosophie, amoureux des questions d'art, de littérature et de musique

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